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Jeudi 28 juin 2007 4 28 /06 /2007 23:53
Cherbourg, c'est dans la Manche. Pas la partie du sweat, ni le bras d'eau salée séparant l'île gallo-angleterro-écossaise du continent, qui n'est d'ailleurs lui-même qu'une île légèrement plus grande. Cherbourg, c'est dans le département de la Manche. En Normandie. Au bord de la mer. C'est plus pratique, pour un port. Pour un porc, par contre, ça n'a pas plus d'intérêt d'être au bord de la mer qu'en pleine campagne. Mais là n'est pas la question. La question est : comment se rendre à Cherbourg, sans avion, sans voiture, sans bateau, et sans se mouiller ? La réponse, bien que surprenante, est néanmoins relativement logique, quand on y réfléchit un peu : il suffit d'y aller en train.

Pour aller à Cherbourg en train depuis SQY, il faut tout d'abord aller à Paris, plus précisément à la gare Saint-Lazare. Pour cela, partir du boulot vers 15h15, prendre un train à la gare de SQY vers 15h33, arriver à la gare Montparnasse vers 16h07, prendre un métro, ligne 12, direction Porte de la Chapelle, vers 16h16, descendre à la gare Saint-Lazare vers 16h28, et flâner en attendant l'heure du départ. A une heure approchant les 17h05, le corail intercités 3317 s'ébranle sur le fer, direction Cherbourg. Voiture 8, en première, Isa et moi, ballottés par les remous du cheval ferrique galopant.

Pendant le trajet, il faut avoir de quoi s'occuper. Pour l'occasion, ça se résume en un peu de lecture (Good Omens, que j'ai commencé il n'y a pas si longtemps parce que j'avais d'autres choses à lire en attendant, donc, Q1, bah tu le reverras quand je l'aurais fini, ce qui ne serait trop tarder, parce que c'est quand même super bien !), un peu de somnolence, bercé par le tangage du convoi en prise avec les éléments venteux et les courbes du terrain, un peu d'écriture, et un peu de Smash Bross.

En arrivant sur Cherbourg, ne pas oublier de regarder autour de soi, mais principalement à l'extérieur du train, pour se faire une idée de la région avoisinante, du paysage, du temps, et se formaliser d'apercevoir, comme première antenne publicitaire, celle rouge et jaune d'un restaurant d'origine états-unienne hautement gastronomique. Vers 20h09, il suffit alors de prendre ses affaires et de sortir du train ("pour votre sécurité, veuillez attendre l'arrêt complet et vérifiez que vous n'oubliez rien"), pour se diriger vers la sortie de la gare. Là, retrouver Nico, qui vient juste d'arriver avec une voiture de location. Il était parti plus tôt, pour l'inauguration des nouveaux locaux d'LMC, était arrivé vers 18h, et n'avait eu que le temps de prendre une coupe de champagne avant de venir nous chercher.

Les dames d'abord : je monte à l'arrière, et on démarre, direction l'hôtel. Au loin, des mats d'embarcations navales jouent avec le vent, balanciers énervant les mouettes qui ne réussissent pas à se poser. Je n'ai toujours pas vu la mer. On déambule dans les rues de Cherbourg, on trouve des panneaux indiquant l'hôtel, on finit par l'atteindre. Un petit 2 étoiles fort sympathique, bien que ne présentant aucun signe qui puisse justifier l'octroi du qualificatif "exceptionnel". Un petit hôtel sans rien d'exceptionnel, en somme. Il a des chambres avec des lits (la mienne a un lit double et un simple), une douche, un lavabo, des toilettes. C'est tout ce que je lui demande ! Ah, il y a aussi la clim'... A Cherbourg !!

Les affaires déposées, on retrouve Steven dans le hall, et on part retrouver des gens de la section Nord-Ouest dans un restau, suite de la fête de l'inauguration des locaux de LMC. L'hôtel est dans une rue surnommée Rue de la Soif (comme quoi, ça a l'air fréquent dans les villes normandes et bretonnes), mais contrairement à Rennes, il y a dans cette rue plus de kebabs que de bars ! Il faut dire que les kebabs, comme tout le monde le sait, sont originaires de Cherbourg, c'est donc normal qu'on en trouve pléthore.

On avance tranquillement dans la ville, petites rues piétonnes et calmes, rappelant Bourges par sa fréquentation, pour déboucher sur un port de plaisance. Enfin, on voit la mer ! Même si ce n'est que de l'eau stagnante dans un port, sans remous, embruns ou écume, ça n'en reste pas moins de l'eau salée, qui supporte sans difficulté de nombreux blancs bateaux, mollement adossés aux pontons en bois. Steven nous sert de guide : il est déjà venu souvent à Cherbourg, il adore cette ville, il est parfait dans cette improvisation touristique.

Vers 20h42, on arrive au restau, où une douzaine de personnes sont déjà attablées. On les rejoint, on ajoute une table pour y mettre deux couverts, et on remplit ainsi toute la largeur du restaurant, et une bonne partie du fond, puisque plusieurs tables ont été déménagées pour étendre le nombre de convives. Les présentations rapidement faites, le repas se passe tranquillement, dans une bonne ambiance, joyeuse et conviviale. Toute l'équipe a l'air bien soudée, ils ont l'air de vraiment bien s'entendre, tous ensemble. Au menu, salade de dinde au curry (pas mauvais du tout), et fondant au chocolat. Je suis jaloux de la rondelle de kiwi qui décore l'assiette de profiteroles à côté. Mais le fondant arrive, avec lui aussi sa rondelle de kiwi pour chapeauter l'édifice chocolaté ! Mangée en dernier, avec la peau. On garde le meilleur pour la fin (faim ?) !

23h passées, direction un petit pub deux rues plus loin. Déco à base de photos de bateaux, et de la vie au début du siècle. Odeur de fumée, nocivité tabatesque qui va imprégner les vêtements. Une tournée de Guiness, Jack'Da, cidre, et cocktail sans alcool (devinez pour qui ?). Sirotage des boissons, discussion paisible en haussant le ton pour se faire entendre derrière la musique. Ambiance rock pas du tout désagréable. Vers 00h34, départ du bar, retour à l'hôtel.

Monté dans ma chambre, je teste le wi-fi, histoire de poster un petit mot depuis Cherbourg. Deux réseaux trouvés, celui de l'hôtel, et un autre, venant je ne sais d'où. Celui de l'hôtel est sécurisé, et j'ai pas envie de cracker la clé wep maintenant. D'ailleurs faudrait que je cherche comment faire, ça risquerait de prendre trop de temps. Le second n'est pas sécurisé, je m'y connecte sans problème. Je lance Firefox. Et je tombe sur une page ressemblant à celle qu'on obtient quand on se connecte au wi-fi de l'école : il faut un compte, login / mot de passe, pour accéder à la toile. Tant pis, je n'enverrais pas de paquets normands. Je règle mon réveil pour 7h, je ferme les volets, j'arrache les draps pour pouvoir me rouler dedans, et je profite du grand lit.

Le lendemain, je me réveille étonnamment tôt, un peu après 6h, et bizarrement je ne me sens pas fatigué. Je traîne au lit, somnolant jusqu'à 7h, puis 7h15 (l'habitude de me lever plus tard que l'horaire prévu). Douche, habillage, descendage d'escalier, petit déj (croissants, pains au chocolat, pain frais, jus d'orange), montage d'escalier, brossage de dents, faisage de bagages, descendage d'escalier, payage d'hôtel. Direction la voiture, et une journée de visite.

On dépose Steve devant les locaux de DNO, et on part vers Valognes, direction LMC et le terminal ferroviaire. Les locaux sont tout beau tout neuf, vraiment classe. A part peut-être l'entrée, avec des néons rouges encastrés entre des pierres de taille et une paroi vitrée qui rend légèrement floues les pierres en arrière-plan. Le tout donne un côté boîte de nuit à l'ensemble, assez étrange donc en ce lieu studieux.

Après une présentation des activités de LMC, on sort pour aller au TFV (Terminal Ferroviaire de Valognes) faire un tour des installations. Après quelques pas au-dehors, on est accueilli par une pluie rafraîchissante. Mais la température, elle-même fraîche, n'avait nul besoin d'être rafraîchie encore plus. Avec le vent qui entre dans la danse, il ferait presque froid. Tant pis, après tout on est en été, fin juin. Ce ne sont pas quelques gouttes mouillées qui vont nous tuer.

La visite est super intéressante, les installations sont impressionnantes, on peut enfin mettre des images sur des choses qu'on n'avait vues qu'en photos, et c'est autrement plus gargantuesque ! En plus, on a de la chance : un convoi est arrivé le matin, on peut assister à un transfert rail / route ! On a beau savoir que le pont peut soulever 150 tonnes, le voir fonctionner est simplement impressionnant !

Une fois le tour du TFV bouclé, on retourne dans le bâtiment LMC, où une réunion attend Nico. Durée estimée : 30 minutes. Durée réelle : aucune idée, je n'ai pas regardé l'heure. Mais la demi heure était certainement largement passée. Et comme ni Isa ni moi n'étions concernés, on attendait à côté dans une salle de réunion. C'est long, 30 minutes à attendre sans rien faire. Mais ça permet de somnoler un peu.

Quand Nico est reparu, on est parti direction le Moulin de la Haulle, petite crêperie située non loin de là. Petite maison en pierres dans un très joli cadre, rempli de verdure, avec un étang juste à côté, des canards l'habitant, flottant nonchalamment sur l'onde, tournant la tête vers les clients qui passent, l'air de dire "nous, au moins, on n'a pas besoin de bouée pour flotter !"

On entre dans le restau, température fraîche, feu de bois dans la cheminée, tables taillées inégalement dans du bois, toutes différentes. Le tout est très sympa. Sur le manteau de la cheminée, un moulin à café cubique, en forme de maison, avec la poignée fixée sur le "toit", et une roue à aube sur le côté. Est-ce que la roue tourne quand mon moue les noirs grains ? Il va falloir que j'y retourne pour essayer. Le repas est très honnête, le dessert très bon : crêpe à la crème de marron, nappée de chocolat, saupoudrée de poudre de noix de coco, et chantillynnée sur les côtés. On s'en tire à 30€ pour trois personnes !

Programme de l'après-midi : faire un tour à la centrale de Flamanville, en suivant la route empruntée par les camions qui font le trajet Flamanville - TFV. D'ailleurs, on en croise deux, qui vont vers Valognes. Arrivés à Flamanville, on passe devant le site de construction de l'EPR, et on fait le tour de la centrale. Enfin, presque : elle est directement sur la côté, et en-dessous du niveau de la route, ce qui fait qu'on ne peut la voir que si on rentre sur le site, ou si on est du côté de la mer. On aperçoit donc seulement le haut des cheminées, qui dépassent des bâtiments administratifs.

Ensuite, direction La Hague. Là, pareil : on n'a pas le droit de rentrer sur le site, on ne fait donc que le longer en voiture. J'y étais déjà allé un week-end, avec Val. Ca rappelle des souvenirs...

Arrivés à la pointe, on s'arrête pour prendre l'air. C'est quand même beau, la Bretagne. Hé bien la Normandie, c'est pareil : d'anciens champs, maintenant abandonnés, quartiers de verdure séparés par des murets de pierres, vent qui apporte l'air marin, faisant voler les cheveux que j'ai détachés pour l'occasion, falaises de roches nues, mouillées par les vagues et les embruns, ciel gris mais néanmoins lumineux, mer grise, plus sombre, avec les frises blanches de l'écume que le vent soulève. La mer est agitée, elle anime le tableau d'un relent de furie à petite échelle, maquette d'une tempête qui se dresse peut-être au loin. Les vagues se brisent sur les rochers, et aspergent d'eau salée les touristes s'aventurant trop près de l'étendue aquatique. Ils reculent en maugréant sous l'assaut de cette attaque mouillée. J'aimerais bien être à leur place, et j'y aurais été si seulement je n'étais pas en costard. Le maillot de bain est dans le coffre, mais pas le temps de se baigner.

On repart vers Cherbourg, par la route qui longe la côte. C'est sauvage, c'est vert, c'est bleu, c'est marron, c'est gris, et un rayon de soleil perce les nuages pour venir illuminer le tout d'une douce lumière, faisant briller l'asphalte, ajoutant des ombres, faisant ressortir le vert des feuillage. Peu à peu, on se rapproche de la ville. La côte est moins accidentée, le terrain plus plat, les maisons plus nombreuses. On entre dans la ville, quartier résidentiel, quartier industriel. On va récupérer Steve à DNO, et direction la gare pour le chemin inverse.

Voiture de location rendue, nous sommes 4 cette fois à monter dans le corail intercités 3314, voiture 8. Départ à 16h52. Le voyage est sensiblement le même qu'à l'aller, si ce n'est que le paysage défile dans le sens inverse. Lecture, écriture. Steve, sur le siège en face, peste contre des documents. Isa dort, Nico bouquine. A un moment, on entend un grand bruit, comme si on roulait sur quelque chose et qu'on le réduisait en bouilli : raclements, craquements sous les roues du train. On se demande ce que c'est. Puis je vois des trace de sang sur la fenêtre, semblables aux traînées laissées par les gouttes de pluie, mais d'un rouge caractéristique. On ne saura probablement jamais ce que c'était. Sûrement un animal imprudent, vaincu par notre cheval métallique.

On arrive à Saint-Lazare vers 19h36. On se sépare, chacun part de son côté. Je retourne à Montparnasse. J'y arrive vers 20h07, je lève la tête vers les panneaux d'affichage. Prochain train pour SQY à 20h16. Pour une fois, je n'ai pas beaucoup à attendre, youpi ! Voie 11, j'y vais et attend, en compagnie d'une multitude de voyageurs pressés. Le train arrive, ses occupants descendent, on monte pour les remplacer. En franchissant la porte, j'entends du coin de l'oreille une annonce : "Contrairement à ce qui est affiché sur les panneaux, le train voie 11 en direction de Rambouillet partira à 20h46. Merci de votre attention." Je vais devoir poireauter 30 minutes. Youpi. Tant pis, au moins, je serai assis. Deux filles entrent dans le wagon. La deuxième s'arrête, tend l'oreille. Elle rattrape la première : "T'as entendu ? le train prend pas de voyageurs !" Elles ressortent. Ah non, pas envie de bouger, moi ! Elles ont dû se planter de train ! Sur le quai, d'autres gens longent le train, en direction des panneaux d'affichage. Je prends mes affaires, je sors une oreille, attendant l'annonce. "Contrairement à ce qui est affiché sur les panneaux, le train voie 11 en direction de Rambouillet ne prends pas de voyageurs. Merci de votre attention." De rien...

Bon, finalement, je vais devoir attendre debout, pour une durée indéterminée, parmi une foule de gens pressés, mécontents de surcroît d'être retardés. Au moins une personne sur deux a un téléphone vissé sur l'oreille. Le reste l'a dans la main, ou dans la poche, à guetter une sonnerie ou une vibration. Mais comment ils faisaient avant l'obsolescence des cabines téléphoniques ?? Dans la foule qui attend, une fille avec une valise, et un carton percé de trous. Un carton qui piaille. Elle l'entrouvre pour vérifier l'état de son contenu. J'aperçois des poussins.

Finalement, un train est arrivé. Voie 12. Il va remplacer celui qui a été annulé. Départ à 20h46. Pendant le trajet, je note des idées qu'il faudra que je développe, des idées de nouvelles. Arrivé à SQY, il est 21h15. Le temps de sortir du train (je retrouve la fille aux poussins devant moi), d'aller vers la sortie de la gare, il est 21h20. Il pleut fort. Pas envie de mouiller le costard. J'attends un peu, pour voir si ça se calme. Non. Tant pis, 21h25, je pars. De toute façon, je pourrai me sécher en rentrant. 21h35, j'arrive à la voiture. Je pose mes affaires sur le siège passager, démarre, mets la musique. Le temps de rentrer et de trouver une place, quête plus ardue au fur et à mesure que la soirée avance, il est 21h55. Je sors mes affaires, je prends le courrier. Deux lettres. Tiens, le loyer : j'ai plus d'argent. Tiens, la paye : je suis riche. Je monte, j'arrive dans l'appart, il est 22h. Je regarde mes mails vite fait, je poste une petite note sur le blog. 22h20, plus faim à c't'heure là, la flemme de me faire à manger, un peu claqué par la finalement courte précédente nuit et le finalement long trajet, je vais me coucher.

7h, la radio s'allume. 7h15, j'ouvre un oeil. 7h40, j'ouvre le deuxième oeil. Douche, démêlage de tignasse, habillage, pas le temps de manger. Allez, paraît qu'il faut bosser. Ce jeudi a une allure de lundi... La journée avance tranquillement. Du boulot, mais pas insurmontable. Midi. Rien mangé hier soir, rien mangé ce matin, pourtant j'ai même pas faim. L'après midi se passe aussi tranquillement que le matin, dans un état semi-léthargique apporté par la digestion. 17h, Nico et moi parlons de la réunion de demain. On s'aperçoit qu'il y a un truc qui va pas. On fait une petite modif' sur un tableau. Qui amène à changer plein de choses sous Access, ressortir des graphes, mettre des tableaux à jour. 18h, c'est pas encore fini. Pourquoi c'est toujours en fin de journée que le boulot arrive avec des renforts ? Mais bon, le reste pourra se faire demain.

Je passe faire des courses : mon frigo est plus vide qu'un trou noir. Je passe sur les forums et les blogs, et je commence à écrire cet article. Une pause pour manger. Une pause pour changer le style de l'Antre. Je reprends cet article, le continue, je veux le finir ce soir. Je vais finir par atteindre la longueur de Parasites. booops va encore gueuler, mais ça lui fera de la lecture ! 23h32, j'arrive à la conclusion, Eiffel chante Belle de Jour, alors qu'il fait nuit. Mais elle n'en est pas moins belle. Et moi, je vais aller me coucher, m'abandonnant à Orphée jusqu'à ce qu'il perde son combat contre la radio matinale, aussi efficace qu'un coq de combat entraîné à réveiller les braves bourgeois aux premiers rayons lumineux issus du disque solaire, teinté de rouge sur l'horizon chatoyant, paré de couleurs mordorées propres aux débuts de matinées.

Il est 23h37. Une décaheure d'élite...
 
Par Meuble - Publié dans : Tranches de vie
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