Civet manqué

Publié le par Meuble

Il était une fois un petit lapin. Il était mignon tout plein. Il vivait dans un monde magnifique, avec plein de carottes, plein d’amis, et pas de soucis. Il aurait pu lui arriver plein d’aventures, il aurait pu finir sauvagement écrasé sur une route, sous un camion de passage. L’idée avait même traversé mon esprit, vous pensez bien ! Une petite scénette façon Happy Tree Friends, un magnifique début, le petit lapin, mignon tout plein, gambadant allègrement dans les herbes folles, enivré par le parfum des innombrables fleurs que lui apporte le vent, d’une douce caresse apaisante. Il se retrouve face à un petit ruisseau, serpentant entre les arbres, plonge dedans pour se rafraîchir, jouer avec les crapauds, se désaltérer dans le courant de cette onde pure et cristalline. En amont, un barrage hydroélectrique fait un lâcher d’eau. Le ruisseau se transforme lentement en petit torrent, puis un raz-de-marée se profile à l’horizon. Le petit lapin, mignon tout plein, tente de fuir, mais le souffle de la vague le projette au loin, il tape contre un rocher, rebondit dans l’eau, commence à se noyer, quand la vague le rattrape, l’assomme à moitié, l’entraîne avec elle, lui arrachant un bras au passage. L’écume se teinte de rouge, le petit lapin, mignon tout plein, est réveillé par la douleur. Il voit donc très bien le barrage hydroélectrique placé en aval (la redondance des installations améliore l’efficacité !). Il essaye de s’échapper, mais le courant est trop fort. Impossible de se dégager par l’un ou l’autre côté. Il plonge, espérant passer sous la vague. Son pied gauche se coince entre deux rochers au fond du lit du ruisseau débordé. Il essaye de se dégager, mais le courant ne l’aide pas, l’enfonce au contraire de plus en plus entre les roches. De l’eau par-dessus la tête, il commence à se noyer. Aussi, résigné, décide-t-il de se ronger la patte prise au piège. A bout de forces, il sectionne le dernier bout d’os, laisse son pied prisonnier, et est de nouveau entraîné par le courant. Deux pattes en moins, mais vivant. Il remonte à la surface, et reprend sa respiration, juste avant d’être de nouveau emporté vers le fond par un tourbillon, qui l’emmène directement dans une grosse turbine du barrage. L’eau devient rouge en aval, alors que la patte du petit lapin, mignon tout plein, se décoince finalement d’entre les rochers, passe sans encombre la turbine, et ressort indemne de l’autre côté.

 

Oui, l’histoire du petit lapin, mignon tout plein, aurait pu se finir ainsi. Mais non. Le petit lapin, mignon tout plein, vit encore heureux à l’heure actuelle dans son pays merveilleux. Pourquoi ? Parce qu’hier, j’avais envie d’écrire, mais n’avais pas d’idée. Alors j’ai pris mon clavier, dans l’intention d’écrire une histoire sans queue ni tête, quelque chose qui aurait pris forme au fur et à mesure que l’histoire se serait déroulée sous mes doigts, sans que j’en connaisse la fin au préalable.

 

Le résultat, vous l’avez vu : c’est l’histoire publiée hier. Alors, pourquoi ne pas avoir sauvagement massacré le petit lapin, mignon tout plein, alors que tout le monde (bon, sauf Mélimélo !) attendait ça avec impatience ? Parce qu’hier, j’avais envie d’écrire de la beauté. Ce que je voulais, c’était retranscrire ce que je ressentais, cette félicité qui m’imprégnait. Je voulais partager cet état d’esprit qui m’étreignait. Mais il n’avait pas de forme, pas de corps, rien de défini pour l’expliquer explicitement et fidèlement. Alors j’ai simplement pris mon clavier, et laissé mes doigts faire le reste.

 

C’est ainsi que le petit lapin, mignon tout plein, est né. Et s’il est encore en vie, c’est certainement à cause de ce week-end, de ce petit tour à Angers, de cette petite tête tout étonnée, toute souriante. Celle d’un joli petit merle posé sur sa branche.

Publié dans Tranches de vie

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illhundil 17/11/2007 16:40

c'est pas de la torture de le peindre hein...

Noë 16/11/2007 14:57

La fin du texte, magnifique!Par contre, le premier paragraphe... pas réussi à le lire jusqu'au bout... surtout après déjeuner!Donc vive les kiwis, les merles et les petits lapins verts mignons tout plein! (je sais pas si c'est facile à trouver, Illhundil, un lapin vert...)

Panthere 14/11/2007 21:01

J'aime pas les lapins, ça me déclenche des crises d'asthme et d'allergie... (y'en a un chez mes élèves) -_-"

Belgarion 14/11/2007 17:10

En même temps, je ne trouve aps ça triste un lapin qui se fait detruire dans tous les sens, ça peut même être drôle !On peut les massacrer en toute amitié !J'aime bien el lapin, il ne faut pas se méprendre, même si je préfère les kiwis, mais bon, ils ne jouent pas dans la même catégorie il faut dire !

Lelf 14/11/2007 15:01

Damned.Je suis frustrée quant au sort du lapin.Mais j'vais quand même pas dire que je suis déçue de te voir heureux :DJ'te pardon va (pour cette fois ^^).Apparement je dois me mettre à écrire des trucs moins tristes moi, je devrais peut être prendre exemple sur toi... :p