Mixed Mind

Publié le par Meuble

Q’est-ce qui fait qu’une histoire sera ou ne sera pas intéressante ? Dimanche, la station à laquelle je fais généralement mon plein était fermée par un ingénieux système constitué d’une bande en plastique, type « yellow scotch of the police », mais rouge et blanc, façon travaux, tendue en travers de l’entrée, interdisant, de façon ferme et définitive à tout véhicule normalement constitué, l’accès aux pompes. Mardi midi, c’était ambiance médiévale au restaurant d’entreprise. Cela fait quelques semaines déjà que, dans SQY, les décorations de Nowel sont installées, posées au sol, accrochées aux fontaines, fixées aux lampadaires, accolées aux façades. Sans tenir aucun compte de la forme, du style, des effets de narration, mais en considérant seulement le contenu de cette histoire, les faits, les événements, les situations, quelle que soit la manière de les raconter. Cet ingénieux dispositif fonctionnait parfaitement, car aucun véhicule ne rodait dans son périmètre d’action, et, moi-même, je n’eus d’autre choix que de passer mon chemin, repoussé irrémédiablement par cet obstacle infranchissable. A force de fréquenter un petit nombre de blogs, j’ai fini par me rendre compte d’une chose, que l’on pourrait peut-être qualifier de théorème : plus un article est court et inintéressant en soi, plus il aura de commentaires ! Qu’est-ce qui fait qu’une histoire sera lue ?  Oui, ça fait pompeux comme appellation, mais « cantine », ça rappelle l’école. Rien que de très classique, mais néanmoins fort joli. Or, le témoin lumineux relié à ma jauge s’était illuminé d’une magnifique lueur orangée quelque temps auparavant, m’incitant à vouloir nourrir ma voiture au plus vite d’un breuvage inflammable à l’aide duquel elle affectionne tout particulièrement de se sustenter. La teneur de son contenu. Et « self », dans la mesure où on ne se sert pas complètement soi-même, n’est pas non plus parfaitement approprié. Notamment les petits sapins saupoudrés de fausse neige, qui changent le décor des rues de fort agréable manière, et d’une façon totalement bucolique. Cette urgence était d’autant plus ressentie par ma personne que je suis susceptible de posséder, dans mon code génétique, une tendance à tomber en panne d’essence non négligeable, à en juger par les antécédents de mes ascendants, bien que cette tendance semble se manifester majoritairement lors d’un trajet sur autoroute déserte. Imaginez une histoire dans laquelle il ne se passe absolument rien. J’en veux pour preuve un de mes récents articles qui avait pour but de pousser au paroxysme ce phénomène. Ni « demi-self », puisque la proportion de plats en libre service n’est pas égale à la moitié du total… Il faut dire que, jusqu’à ce soir, les autres décorations, lumineuses, n’étaient pas illuminées, ce qui ne les aidait pas à briller de toute leur splendeur. Une suite d’événements, certes, mais aucune problématique, aucune péripétie, aucun problème qui ne survient. Toujours est-il que je décidai de remettre l’alimentation de mon véhicule au lendemain soir, une station service se trouvant non loin de mon lieu de labeur, me permettant le luxe de n’effectuer qu’un léger détour pour concrétiser ce plan. Mardi midi, donc, c’était ambiance médiévale au 2/3-self. Mais ce soir, en sortant du boulot, j’ai eu l’incommensurable joie de voir la première fournée de ces luminances hivernales scintiller ! Simplement, tout va bien. Le soir prévu, je me dirigeai donc vers ce rassemblement de pompes essentielles proprement alignées selon une parfaite anarchie aléatoire, pour découvrir avec stupeur qu’une file conséquente d’humains d’apparences diverses et variées s’était formée, sans daigner m’inclure dans leur danse statique. Il a réussi dans le nombre de mots, de façon tout à fait flagrante. Et l’histoire se déroule, sans surprise, sans accélération, sans palpitation. Le vendredi précédent, il y avait des questionnaires, m’a-t-on raconté (je n’étais pas là pour le voir, tout occupé que j’étais à déjeuner avec ma chérie, qui avait eu la bonne idée de passer par là !), à propos de la qualité de la nourriture, et du 2/3-self en général. Et figurez-vous que j’ai été agréablement surpris par ce déballage de rayons lumineux ! Questionnaires sur lesquels mes collègues, m’a-t-on raconté, ont précisé qu’ils souhaitaient plus d’animations. Qui la lirait, qui l’écouterait, cette histoire ?  Parce que d’habitude, les décorations de Nowel, c’est toutes les mêmes : des ampoules jaune-doré accrochées à des lampadaires rouillés, et qui marchent qu’à moitié. La recrudescence du nombre de commentaires est moins flagrante, mais c’est un nombre somme toute tout à fait dans la moyenne du nombre de commentaires laissés sur mon blog pour chaque article publié. Certainement pas grand monde… Il faut croire que le dépouillement des questionnaires et la préparation d’une animation ne prennent pas beaucoup de temps, car deux jours (ouvrés) après, nous avions droit à notre ambiance médiévale ! Alors que là, on retrouve certes ces enseignes dorées, mais elles scintillent également d’éclats argentés, qui crépitent en leurs seins, envoyant des flashs partout dans la rue ! Et pourtant ! La résultante de tout cela fut que je dus patienter bien sagement en attendant mon tour, et que finalement, devoir attendre 35 min pour débourser 60€ un lundi soir, juste pour prendre de l’essence, c’est super chiant !! Pourquoi une histoire toute belle toute jolie n’aurait pas de succès ? Une décoration faite de personnages en carton, armes en plastiques, et tonneaux en bois meublait les lieux, tandis qu’une musique aux accents médiévaux meublait l’espace, du moins lorsque le brouhaha général se faisait moins dense pendant quelques instants. Je vois ça comme de la poésie, en beaucoup plus long, bien sûr, et en prose. On peut aussi admirer des guirlandes argentées qui pendent harmonieusement des fontaines, et des sculptures, majoritairement sphériques, qui scintillent au milieu. Au menu, diverses spécialités médiévales (paraît-il ; je ne suis pas allé vérifier), parmi lesquelles j’ai pu apprécier de la purée de lentilles, et un pavé de cuissot de cerf, accompagné d’un savant mélange de pommes de terre lardons marrons. Mais pourquoi un roman tel que celui-ci ne pourrait faire rêver ? Je voulais bien sûr parler de ma magnifique prose à propos de la raclette.  Le tout était censé être accompagné d’une sauce préparée à base de plusieurs ingrédients, dont le principal était du vin rouge, raison pour laquelle je me suis abstenu. Pourquoi faut-il obligatoirement une perturbation pour accrocher le lecteur ? Le tout est beaucoup moins banal que ce que j’ai l’habitude de voir, et les guirlandes clignotantes, ça attire l’œil bien comme il faut ! Fallait pas gâcher la viande avec cette infâme mixture ! Si vous avez encore un doute, cherchez bien, ici ou ailleurs, vous verrez que ça se vérifie bien ! En définitive, le cerf, c’était bien bon ! J’aimerais croire en des récits qui inciteraient à la magnificence sans contrefaçon… Et à côté, y en a qui ont mangé des steaks-frites…

 

Publié dans Tranches de vie

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Coyote 04/12/2007 20:32

"Je suis susceptible de posséder, dans mon code génétique, une tendance à tomber en panne d’essence non négligeable, à en juger par les antécédents de mes ascendants"ah ah ah, souvenirs souvenirs...ouf, moi en tout cas je crois pas avoir ce gène là, j'ai juste celui de tomber en rade de batterie (souvenirs du collège :-D)

Tom 03/12/2007 22:38

Tu as pensé à t'inscrire à Oulipo ?

Meuble 03/12/2007 19:00

Certains ascendants semblent avoir ce code génétique bien ancré et expressif, mais cela n'empêche aucunement que les autres en soient également porteurs, même s'il se fait discret chez eux ^^ !

CC 03/12/2007 17:30

je suis susceptible de posséder, dans mon code génétique, une tendance à tomber en panne d’essence non négligeable, à en juger par les antécédents de mes ascendants, Tu pourrais préciser quel ascendant !!!!!!!!!!!!!!!!!!!  Ne mets pas tous tes ascendants dans le même panier! Tes asendantEs ne tombent pas en panne d'essence. Ne fais pas croire des choses erronées à tes lectrices et lecteurs! Je m'insurge vivement!

Noë 01/12/2007 16:46

C'est coloré, c'est gai, c'est joli, c'est toi. J'aime. J'irais même plus loin : je t'aime!