Hurluberlu en chapeau pointu

Publié le par Meuble

Mardi dernier, badminton oblige, je suis allé à Paris. Heureusement qu’il y a ces trajets hebdomadaires, parce que le RER et le métro sont une source inépuisable d’anecdotes sans lesquelles les journées seraient bien fades ! Pour être plus exact, c’est quand je sors de SQY qu’il est susceptible de se passer quelque chose de plus ou moins inhabituel, et il faut bien dire qu’à Paris, il y a du monde. Donc de la potentialité. Et quand je vais à Paris, je passe en général une heure dans les trains, le temps d’arriver à bon port. Ou à bonne gare, plutôt.

 

La semaine dernière, donc, rien de spécial à l’aller. Au retour, par contre, dans le métro, ligne 6, direction Etoile, aux alentours de 20h10, monte un énergumène comme il en existe tant dans ces contrées souterraines, comptant quémander un peu de monnaie en échange d’une prestation hautement culturelle dont on se passerait bien. Ce jour-là, l’énergumène était pourvu d’un magnifique couvre-chef tout droit sorti d’Eurodisney : chapeau pointu bleu, avec des oreilles de mickey sur les côtés (si tant est qu’on puisse définir des côtés sur un cône, m’enfin je pense que vous voyez ce que je veux dire !). Il portait également une sorte de chandail, ou de gilet, enfin un truc ignoble avec des manches longues. Ignoble, parce la teinte dominante était un rose pale, pastel, et que le motif représentait une sorte de paysage, type petite maison dans la prairie, que même un nouveau parent aurait trouvé moche si ç’avait été son bambin de 2 ans qui l’avait fait, au lieu de s’émerveiller devant les créations artistiques habituellement incontestablement magnifiques de son rejeton.

 

En tant que prestation artistique, cet énergumène faisait dans la chanson. Ou du moins essayait-il, par sa voix, de diffuser les paroles de célèbres ritournelles, telles que Couleur Café, pour vous donner une idée du répertoire. La petite touche personnelle venait du fait qu’il avait, pour tout instrument, une poupée en plastique que posséda un jour tout enfant ayant vécu une enfance heureuse, et une girafe en plastique qui couine quand on lui appuie dessus, que posséda un jour tout enfant dont les parents ont vécu leur enfance bruyante. Au passage, notez que « girafe » n’a pas de masculin. Pour désigner une girafe mâle, on ne dit pas « un girafe », mais « une girafe mâle ». De par la réputation du sexe féminin, avoir sur Terre un exemple d’animal féminin et muet me laisse songeur… (oui, j’adore provoquer les foudres du sexe faible. <= la preuve.)

 

Ces instruments ne servaient qu’à moitié à ajouter à la voix mélodieuse de l’énergumène, un semblant de musique. A moitié, car seule la girafe avait la capacité de produire des sons. Pour l’avatar d’un animal muet, avouez que c’est étrange. Les chansons étaient donc ponctuées de couinements suraigus intervenant à des moments stratégiques. La poupée, elle, servait de prétexte à l’artiste pour changer sa voix, et ainsi faire un duo à lui tout seul, avec sa poupée comme interlocuteur. Un peu comme un ventriloque. Sauf que sa marionnette n’était en rien articulée. Et qu’il n’avait aucun don de ventriloquie. Le résultat était néanmoins très intéressant, et sa performance aurait facilement pu passer pour de l’art moderne musical avant-gardiste, s’il ne nous avait pas uniquement cassé les oreilles, empêchant par ailleurs toute discussion suivie, par ses perturbations vocales incessantes.

 

A la fin de son numéro, comme tout artiste qui se respecte, l’énergumène salua, et, parcourant la rame en quémandant quelques piécettes, se lança dans une diatribe sans queue ni tête, dans laquelle, en cherchant bien, on pourrait imaginer qu’il protestait contre sa condition d’intermittent du spectacle, et qu’il allait bientôt entamer une tournée à travers l’Europe et le Maghreb, dans un ordre logique de réduction du temps de parcours très approximatif, pour ne pas dire entièrement aléatoire.

 

Heureusement pour moi, je descendis du train peu après son discours, pour rejoindre un autre quai où m’attendait diligemment un RER. Tom, par contre, il a dû morfler, si le gars est resté !

 

Personnellement, arrivé à Versailles Chantiers, je suis descendu pour prendre ma correspondance. Arrivé sur le quai, pour une petite dizaine de minutes d’attente, j’ai très vite remarqué un magnifique train, qui faisait dans la nuisance odorante, pour changer de la nuisance auditive de l’énergumène. Un wagon, sur lequel était inscrit quelque chose du genre « Détection de défauts des rails par ultrasons », entouré par une locomotive de chaque côté. A essence. Et dont le moteur tournait. Je suppose que seule une des deux locos était en marche, et heureusement ! Parce que toute la gare était déjà imprégnée quand je suis arrivé, avec une odeur de diesel brûlé qui prend à la gorge et donne l’impression de respirer du solide, tout en imaginant l’intérieur de ses poumons noircir à vue d’œil, flétrir, et partir en lambeaux à chaque inspiration. Et surtout, pas moyen d’y échapper, pas moyen de s’éloigner assez pour ne plus en subir les effets nauséabonds, pas moyen de se réfugier dans un coin d’air pur. Même à l’abri dans le train, même dans la voiture, même rentré dans mon appart’… Mes vêtements sont restés imprégnés pendant trois jours ! Saleté de loco au diesel !

 

Aujourd’hui, on est lundi. Logiquement, demain, on sera mardi. Donc, bad. Alors, que va-t-il se passer cette semaine ?

Publié dans Tranches de vie

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Tom 08/02/2008 01:28

Il est descendu à la station suivante ... ouf !