Incendie Artificiel

Publié le par Meuble

Comment commencer ? Là est la grande question. Pas envie de chercher un début original ou un jeu de mots que moi seul pourrais comprendre. Alors autant commencer par cette question, qui a le mérite de dire ce que je pense sans pour autant penser à ce que je dis. Car si les mots pensaient, ils sauraient sûrement qu’ils existent. Et peut-être leur condition de mots ne les satisferait pas : être là, posés sur la ligne selon le bon vouloir de l’auteur, et soumis à ses caprices sans jamais avoir droit au chapitre, à force, ça doit être pénible. Ils naissent sous les doigts de quelqu’un qu’ils ne connaissent même pas, ils ne savent pas à quoi ils vont ressembler avant d’être finis, et une fois fixés, ils sont figés. Nulle échappatoire : ils n’ont pas le droit de bouger. Même s’ils ne s’entendent pas avec leurs voisins, même s’ils sont entourés d’ennemis hostiles, même s’ils sont, comble de l’horreur, accolés à un signe qui n’appartient même pas à leur espèce, un signe de ponctuation ! Alors, les mots pourraient-ils se rebeller, s’ils pouvaient penser ? Ils commenceraient à montrer leur rolvéte en caghenat lures lrtetes de palce, puis mots les seraient ce intervertiraient ils que, et, femileant, ils mtos les innterivaerritt arèps aivor en lrtetes l’odrre caghné des ! Ca deviendrait difficilement compréhensible, non ? Heureusement, jusqu’à maintenant, les mots ne pensent pas. Je pense que nous pouvons grandement les remercier pour cela : les mots ne provoquent pas encore de maux.

 

Bon, en fait, au départ, je voulais parler du week-end... Comme il n’est jamais trop tard, allons-y !

 

Feu d’artifice vendredi. Rien à signaler de particulier. Un feu d’artifice, c’est du bruit et des lumières. Voilà voilà. Ah si, c’était tiré sur la rive d’un plan d’eau, alors c’était beau. Et après, y avait de la musique pas trop loin. Mais rien de bien folichon.

 

Comme quoi, les mots ont du pouvoir, non ? Raconté comme ça, ça donne pas envie, un feu d’artifice...

 

 

Vendredi soir, 13 Juillet, veille de Fête Nationale. Comme dans pas mal d’autres communes, le feu d’artifice suivi du traditionnel bal populaire a lieu ce soir. Pourquoi ? A vrai dire, aucune idée. Pour pouvoir profiter d’un autre feu d’artifice dans une ville voisine le lendemain ? Pour laisser le champ libre aux grandes villes qui fêteront ça en grandes pompes ? Peu importe, le fait est qu’il y a des affiches dans la ville, qui précisent feu d’artifice – 13 Juillet – bassin de la Sourderie – 23h.

 

Bassin de la Sourderie... j’ai déjà entendu ce nom-là... Mais seulement aperçu au détour d’une conversation, sans pouvoir y accoler une localisation géographique communale. Pas de problème, Super Google vient à ma rescousse, et je finis par trouver le bassin en question. Il se trouve qu’il est à deux minutes en vélo de chez moi : parfait ! Je partirai à 22h45, comme ça je pourrai suivre les gens pour trouver le lieu précis, et arriver un peu avant pour me poser tranquillement à une place stratégique.

 

22h45, je descends, je sors mon vélo, je l’enfourche. La nuit est chaude, c’est agréable. Je pédale, à fond comme d’habitude (sur un vélo, impossible de faire autrement : l’habitude d’aller à l’école en vélo, sûrement. Ou plutôt, l’habitude d’être en retard le matin, en plus d’aller à l’école en vélo). Je fais une vingtaine de mètres, je change de rue, débouche sur un rond-point, le traverse. Au loin, une fusée éclate. Je lève la tête, aperçois une lueur rouge dans le ciel. Début du tir. Fichtre, ils sont en avance ! J’accélère, je slalome entre les gens, double les piétons, en réussissant à ne pas en renverser.

 

Finalement, j’arrive au bassin. Un plan d’eau aménagé, trop petit pour être un lac, trop grand pour être une flaque d’eau. L’appellation Bassin n’est pas trop mal trouvée. On va faire avec. Il y a pas mal de monde aux alentours de l’allée d’où je débouche. Je zigzague entre les spectateurs assis par terre pour me trouver un coin d’herbe tranquille. Je pose mon vélo. Je me pose. Je peux enfin profiter du spectacle.

 

Des fusées décollent. Montent dans le ciel. Explosent en une multitude d’étoiles colorées, qui redescendent lentement vers le sol, et meurent avant de l’atteindre. L’explosion est suivie peu après d’une détonation, qui n’arrive pas à égaler le tonnerre mais sans laquelle le feu d’artifice ne serait qu’artifice. Rouge, violet, bleu, vert, argenté, doré, les fusées s’enchaînent selon un ballet rythmé par une musique, orchestre classique soutenu par des chœurs. L’ensemble emplit les yeux et les oreilles d’une poésie nocturne. L’eau sombre du bassin reflète les scintillements des cieux illuminés. A mesure que les lueurs montent, explosent, puis redescendent éparpillées, un double un peu trouble les suit, inversé, dans l’onde. Les étincelles colorées descendent des cieux tandis que les miroitements bigarrés remontent des profondeurs. Les deux opposés semblent vouloir se rejoindre. Ils se cherchent, se trouvent, sont attirés l’un par l’autre. Hélas leur quête n’aboutit pas, le temps les dévore avant leur fusion, et c’est éteints qu’ils se touchent enfin. Une pause, comme si le monde était triste de voir cette histoire finir si tragiquement à la surface du miroir liquide. Mais la fête n’est pas finie, les fusées se déchaînent. Peut-être en groupe réussiront-elles l’exploit que leurs prédécesseurs n’avaient accompli en solitaires. Le ciel semble déchiré par ce festin de couleurs qui l’illumine, bouquet final en forme de naissance d’étoiles, éphémères particules venant un temps rayonner au-dessus des âmes émerveillées par leurs beautés. Déjà le spectacle s’achève, les dernières fusées s’offrent dénudées à la vue des spectateurs éberlués, et finissent leur course dans un reflet cendré tandis que la musique, ayant empli nos oreilles à satiété, s’achève sur des voix murmurées.

 

Les étoiles façonnées ont laissé la place aux astres dorés et argentés qui garnissent la voûte céleste. Je reste allongé dans l’herbe à les contempler, à les chercher. Elles se cachent derrière les rares nuages, fâchées de ne pouvoir rivaliser avec la lumière artificielle du monde civilisé. Les étoiles restent fixes tandis que des oiseaux métalliques passent entre elles, laissant derrière eux une traînée glacée, claire sur le fond bleuté. Aucune ne file, les voyageuses ne sont pas encore arrivées. Elles seront là plus tard dans l’été. Il ne faudra pas les rater.

 

Les humains sont partis, les abords du bassin sont presque vidés. Je finis par me lever. Mon vélo enfourché, je me dirige vers la musique, un peu plus loin sur la rive. Je passe devant les tentes érigées là, m’arrête pour repérer quelque chose susceptible de m’intéresser, puis recommence à pédaler. Je fais le tour du bassin, l’air frais autour de moi, la nuit m’entourant, me protégeant, les étoiles me regardant. J’emprunte des chemins boisés pour contourner l’eau, des chemins non éclairés mais néanmoins beaux. Le tour fini, je n’ai plus qu’à rentrer. Je repars alors sur mon destrier. Il me raccompagne jusqu’à son garage. Je le laisse et monte les étages. Un dernier coup d’œil aux étoiles, et Morphée me prend dans sa toile.

 

 

Comme quoi, les mots ont du pouvoir...

 

Il reste une soirée à raconter, mais deux pages sont déjà comblées. Je ne veux pas surcharger, je vais donc stopper. Mais n’ayez crainte, je reviendrai vous hanter !

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Publié dans Tranches de vie

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N
Nous prenons les mots, où les mots nous prennent? Etrange paradoxe : est-ce nous qui écrivons, qui décidons, ou sont-ce les mots qui se posent tous seuls sur notre feuille blanche. Quand j'écris, j'ai souvent l'impression de lire une page blanche, car les mots semblent plus rapides que ma pensée... et heureusement, car parfois, si nous pensions trop, il y a des mots qui auraient du mal à s'échapper!
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T
T'aurais pu raconter la soirée de samedi, ça n'aurais pas ralongé ton article tu sais ? ^^
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M
Es-tu bien sur que les mots n'ont pas droit au chapitre ? Moi je crois que parfois, ils s'alignent tous seuls, et si bien ordonnés, si plein de rêve ou de magie, que l'auteur n'a plus envie de les bousculer...<br /> En tout cas, j'aime beaucoup tes fusées et tes étoiles... ^^
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