Sot l’y dèse – Part 2
Finalement, les portes s’ouvrent. On s’avance vers la limite entre le camping et le site du festival, où des gorilles s’alignent pour nous fouiller. Femmes d’un côté, hommes de l’autre. Sauf que ça, je l’ai su seulement en arrivant de la dame qui m’a fouillé. J’étais pas le seul, d’ailleurs : les files étaient complètement mélangées. Mais maintenant qu’on le sait, l’erreur ne se reproduira plus. On ouvre les sacs, rapide coup d’œil dedans, fouille au corps, on se retrouve de l’autre côté. On fonce directement vers la file d’attente pour le saut à l’élastique. Elle est déjà bien remplie, mais beaucoup moins qu’à l’heure de pointe. Tant mieux !
Et l’attente commence : environ 1h15 à passer le temps en avançant lentement, en regardant les autres sauter, en discutant, en écoutant et lisant les consignes… L’originalité, par rapport au premier saut que j’ai fait, c’est qu’on passe en tandem. Voire à trois, si on veut, et si la masse cumulée ne dépasse pas les 200 kg. Q1 sautera avec Palem, Fred avec moi. Les elfes resteront au sol. Après, le principe est simple : on choisit de sauter face à face, ou côte à côte. Une fois attachés, on monte sur la nacelle. Qui monte elle aussi, soulevée par la grue, jusqu’à 60 mètres au-dessus du sol. Et après, reste le plus facile : on saute, et on espère qu’on est vraiment attaché !
Notre tour arrive. On monte sur la balance tour à tour, une charmante demoiselle nous inscrit notre poids sur la main. D’un commun accord, nous déclarons la balance effrontée menteuse, d’au moins 4 kg en plus. Cela dit, il vaut mieux dans ce sens là que l’inverse, ce serait bête de se retrouver accroché avec un élastique sous dimensionné ! Même si, normalement, l’élastique est changé et ajusté en fonction du poids du sauteur. Mais là, pour aller plus vite je pense, ils ne doivent avoir qu’un élastique : c’est pour ça qu’ils imposent une limite de 200 kg à ne pas dépasser, et qu’il faut par ailleurs sauter au moins en tandem. D’ailleurs, ceux qui viennent en solo se font octroyer un(e) partenaire également solitaire.
Une fois pesés, on passe à l’habillage : harnais pour nous accrocher à la nacelle pendant la montée, et jambières pour accrocher l’élastique. Quelques photos prises par un certain Mario qui passait par là et a bien aimé nos têtes (malheureusement je n’ai pas récupéré, à l’heure actuelle, les photos prises par l’Elfe, donc il faudra se contenter de celles-ci pour le moment) :
Palem et Q1 partent en premier sur une grue, Fred et moi les suivons de près sur la deuxième. On va sauter côte à côte : on monte sur la nacelle, chacun une main sur une poignée, l’autre qui attrape le harnais du voisin pour ne plus le lâcher jusqu’à l’atterrissage. On nous accroche à la nacelle, et elle commence à monter. Le sol s’éloigne rapidement, les humains restés en bas se transforment rapidement en fourmis avec deux pattes en moins. Et sans antennes… La nacelle s’immobilise. Sur la scène la plus proche, les Fatals Picards commencent à jouer, pour le premier concert du festival. On a une magnifique vue sur une moitié de Paris, les tours de la Défense sur la droite. On nous dit toujours qu’il ne faut pas regarder en bas. Tant pis, c’est trop tentant. Oh, c’est tout petit ! Et bientôt, ça va grandir très vite…
« Sauteur 1, détaché. Sauteur 2, détaché ». Hé, attendez, vous êtes sûr que c’est bien les bons câbles que vous avez enlevés ?! « Je compte jusqu’à trois, et vous sautez. ». Bon, ok. « 1. 2. 3 ». On regarde en face. On saute. Le paysage s’incline lentement, puis plus rapidement. On tombe. Sans rien contrôler. Le sol se rapproche à grande vitesse. « KIIIIIIIIIIWIIIIIIIIIIIIIIIIIII !!!!!!!!!!!!!!!!!! » Le cri de guerre lancé pendant la descente. L’élastique se tend, et, mécontent, nous ramène vers le haut. On remonte aussi vite qu’on est descendu. Fred a un pied qui s’enroule dans une corde. Moi aussi. On se met à tourbillonner. Très vite. Si bien qu’on ne comprend plus rien à ce qui se passe. Il parait que, vu d’en bas, c’était très joli. Surtout avec nos cheveux.
Finalement, on se stabilise, on se redresse. Deux gens en bas nous attrapent, nous décrochent. Comme la première fois, j’ai les yeux explosés. Tout le sang est monté à la tête d’un coup, j’ai l’impression qu’ils veulent sortir de leurs orbites. J’avais oublié cet effet là. Désagréable, mais pas méchant. Je n’y penserai plus au bout de 5 minutes, et puis de toute façon, ça vaut le coup ! On se dirige vers d’autres personnes, qui nous enlèvent les jambières. Avant de partir, on a droit à une petite boîte : un badge Durex « A vous de jouer ! », un bracelet avec le même slogan, des préservatifs.
On se dirige alors vers la scène Paris, pour voir les Fatals Picards. Oui, ceux-là même qui sont allés représenter les couleurs de la France à l’Eurovision cette année. Et qui ont ramené un minimum de points. Sur ce, Thieum nous rejoint dans la foule, sur une musique qui se laisse écouter, même si je ne suis pas fan du groupe. En tout cas, c’est parfait pour mettre de l’ambiance et commencer à sauter partout, sous un soleil qui n’était pas prévu, mais on ne va pas s’en plaindre ! Du moins, pas pour l’instant…
Le reste de la journée se passe tranquillement, de concerts en concerts. Kaiser Chief’s, No One Is Innocent. On fait un tour dans le village associatif, on joue à des jeux rigolos, on récolte des capotes. Je croise Danaëlle, Fahim, Mehdi, les premiers ensibiens du week-end. Juste le temps de dire bonjour en passant : c’est l’heure d’Eiffel ! Et ça, il ne faut surtout pas rater ! Bon, sauf Q1, qui préfère aller voir Marcel et son Orchestre, sur une autre scène. Tant pis pour lui, il ne sait pas ce qu’il rate !
Les quatre membres du groupe arrivent sur la scène. Romain commence à chanter. Estelle se concentre sur sa guitare. On a toujours l’impression qu’elle fait la gueule, c’est dingue ! Les chansons se succèdent, en grande majorité issues du dernier album. Très bon concert. Sauf que le public est tout mou. Personne ne bouge, personne ne saute, personne ne pogote, personne ne crie… sauf moi, tout seul au milieu. Bon, il y en a peut-être 5 autres, mais j’ai vraiment l’impression d’être le seul autant dedans ! On a quand même le droit à un rappel, malgré le manque d’enthousiasme apparent de l’auditoire, pour une dernière chanson : Hype.
On refait un tour des stands. Un jeu de pêche aux canards dans une piscine en plastique. Un numéro sous chaque canard, auquel correspond une question. On gagne un cadeau si on répond correctement à la question. Parmi les lots, celui qui semble le plus utile est un sac. Bon, hé bien, va pour le sac ! Un sac en toile grise, avec une inscription dessus, en hiéroglyphes asiatiques. La traduction est sur l’étiquette : c’est marqué Coca-cola en coréen. Bon, tant pis, suffit de retourner le sac, pour cacher cette magnifique inscription dans son dos, et présenter à la face du monde une uniformité grise.
Le stand d’à côté est tenu par des gays et lesbiennes. Stand féministe et anti-homophobe. On discute un peu. On joue un peu : des ballons de baudruche avec des questions à l’intérieur, qu’on éclate à coups de fléchettes. On demande à ce que soit écrit « préjugés » sur les ballons, histoire d’exploser des préjugés, ça fait toujours plaisir. Finalement, le stand où on est resté le plus longtemps, c’est un stand gay. C’est rempli de gens ouverts avec qui on peut discuter sans problèmes, c’est bien !
La journée se termine tranquillement, par un tour de manège. Un magnifique manège, qui tourne vite, d’abord à l’horizontal, puis qui s’incline lentement pour atteindre une position verticale, de sorte qu’on se retrouve à faire des loopings. Dans le soleil couchant, on a alors une vue tout simplement magnifique des environs ! On voit la Tour Eiffel, à l’envers, ce qui ajoute au charme de l’instant. J’aurais bien voulu rester là des heurs, à contempler les jeux de lumières orangées, rosées, du soleil jouant avec les nuages cotonneux.
Enfin, la soirée s’achève par un concert de Lauryn Hill, ma foi très décevant ! On a tous en tête la voix calme et berçante, la musique douce de la chanteuse. Sauf que c’était il y a 10 ans. Depuis, Lauryn Hill s’est endurcie. Elle est devenue une vraie rappeuse, pure et dure : musique plus violente, beaucoup moins mélodieuse, franchement loin de ce qu’on avait en tête, pas à la hauteur de nos espérances. On retourne au camping, direction les tentes, et une nuit de sommeil pendant laquelle il faudra faire abstraction des fêtards qui parcourent le camping en criant « Apérooo !! », et des coups de soleil. Parce que, bien évidemment, tout le monde avait regardé la météo. Donc personne n’avait pensé à prendre de la crème solaire…
Finalement, on s’endort…